L'Agora du Nord-Ouest, deuxième saison

Après un hiver passé à hiberner tranquillement, l’Agora du Nord-Ouest sort de sa grotte et débarque à Ganshoren sur la place Guido Gezelle à partir du 20 mars. Elle va continuer, cette saison encore, à habiter, partager et transformer le territoire, à expérimenter joyeusement l’espace public et à questionner notre rapport à la ville.

Un objet durable, mobile et multiple

Rappelez-vous, l’Agora, c’est la structure en bois construite au printemps dernier lors d’un chantier participatif dans le local du Bar Eliza. Composée de plusieurs modules agençables, elle forme le plus souvent un gradin en rond sur lequel on peut s’asseoir seul ou en groupe, manger ses tartines, lire un livre ou participer
à une jam session. L’objectif ? Proposer un lieu éphémère, ouvert à tous et propice à l’échange, pour mieux habiter, partager et transformer le Nord-ouest de Bruxelles.

L’été dernier, nous l’avons installée au Parc Elisabeth à Koekelberg, puis sur l’esplanade à Berchem-Sainte-Agathe et au parc Roi Baudouin à Jette. Ce fut parfois tumultueux (quand un avis de tempête nous a obligés à annuler la première journée d’activité), parfois salutaire (quand nous n’avions pas prévu assez de chaises pour accueillir les nombreux spectateurs d’une séance de cinéma en plein air), parfois sérieux (quand les enfants venaient y faire leurs devoirs après l’école), parfois inattendu (quand elle s’est retrouvée transformée en mini-terrain de foot improvisé), parfois utopique (quand on a chanté des incantations et gonflé des ballons à l’hélium pour qu’elle s’envole), et parfois simplement convivial (quand on y partageait du café ou des conseils de lecture). À chaque fois, en tout cas, l’Agora a trouvé sa place, accueilli les gens et ouvert le débat.

Un fonctionnement mouvant et infini

« La valeur d’une ville se mesure au nombre de lieux qu’elle réserve à l’improvisation », écrit Siegfried Kracauer dans Rues de Berlin et d’ailleurs. Et en toute modestie, on se dit que l’Agora pourrait compter parmi ces lieux pour Bruxelles.

Nous avons choisi d’y programmer quelques petites animations, mais surtout, de la laisser libre d’accès et d’encourager les habitants à se l’approprier. Pour faire émerger un programme inattendu et spontané. Pour voir surgir des acteurs improbables et des sujets inopinés. Pour croiser les usages et les publics et pour oser l’utopie.

« La valeur d’une ville se mesure au nombre de lieux qu’elle réserve
à l’improvisation. »

Et le pari n’est pas facile : il faut savoir lâcher prise, sortir des usages préétablis et des objectifs quantifiables, assumer l’inclassable, et faire confiance à ce qui va se passer. C’est pourquoi, d’ailleurs, nous avons décidé de ne pas dédier un support de communication définitif à l’Agora. Car il nous faut encore un peu de temps pour continuer à l’observer, et à laisser le fonctionnement s’inventer petit à petit.

Nous allons par contre, tenter de raconter a posteriori cette « germination collective », pour reprendre la formulation de Periferia. Dès le printemps, nous irons à la rencontre des gens qui s’installent dans l’agora. Avec nos micros, et aidés par l’équipe de Bruxelles Nous Appartient (voir encadré), nous tenterons de comprendre ce qu’ils y font, ce qu’ils y voient, et si ce simple mobilier urbain peut revendiquer une autre manière de faire société et devenir moteur de changement à l’échelle du quartier.