Ali et Aliette : une rencontre, un livre, un film

Pendant trois ans, Ali a attendu de recevoir ses papiers en Belgique. Avec l'auteure et artiste Aliette Griz, rencontrée pendant son séjour, ils ont écrit un livre sur son parcours d'asile semé d’obstacles. Et puis, avec la réalisatrice Anne Versailles, ils ont créé un documentaire à trois voix. Reparti vivre en Irak, les images filmées pendant six mois, elles, sont restées et font mouche.

Tout a commencé au parc Maximilien, ici à Bruxelles, en 2015. Un camp de réfugiés s’y était installé. Aliette, qui s’y rendait souvent en tant que bénévole, y aborde Ali pour la première fois. Il vient d’Irak et il veut raconter son histoire pour en faire un livre. « Ali est super actif… Il a toujours besoin de s’occuper et il a tout le temps des idées », raconte-t-elle. Touchée par le récit du jeune homme, Aliette, auteure et artiste, s’est donc mise à écrire avec lui. 

Dans le cocon familial

Lors de l’écriture de leur livre Maman je suis un réfugiéet après de nombreuses relectures qui l’ont accompagnées, Ali rencontre la famille d’Aliette. La connexion se fait directement. Après un refus d’obtention des papiers d’Ali, le cocon familial décide spontanément de l’accueillir et de l’accompagner lors de son parcours du combattant de demandeur d’asile. Ali occupe l’espace tellement simplement et naturellement chez eux, que sa présence y devient presque indispensable. « Quand il est arrivé dans la famille, c’était beaucoup plus agréable que quand il n’était pas là », se souvient-t-elle.

De l'écrit à l'écran

Et puis, un jour, l’idée vient de porter encore plus loin le récit d’Ali et d’en faire un documentaire. Ayant étudié dans le domaine du cinéma mais sans avoir jamais vraiment pratiqué, Aliette Griz s’entoure d’Anne Versailles, co-réalisatrice du futur film, et d’un producteur, Philippe Sellier, très enthousiaste à l'idée de réaliser ce documentaire. Et c’est à quatre qu’ils se lancent dans l’aventure de l’écriture visuelle. Le producteur leur met des appareils photo à disposition et le trio commence à filmer le quotidien de la famille d’Aliette avec Ali. Chacun à son tour s'empare de la caméra sans vraiment savoir s’en servir. Un dispositif amateur mais intéressant grâce au point de vue intimiste qu'il permet, immergé dans la vie quotidienne du jeune homme et dans ses démarches vers un nouveau futur qu’il espère meilleur.

Un départ inattendu

Le tournage devait durer trois ans. Le temps de récolter assez d’images et d’acquérir la meilleure technique pour filmer, ce qui n’était pas acquis. Trois ans durant lesquels l’insertion d’Ali devait être documentée : son parcours et le début de sanouvelle vie, ici en Belgique. Mais au bout de six mois et après une série de mauvaises nouvelles, Ali s’est découragé. Il filmait sans vraiment plus y croire et parlait constamment de ce qui se passait en Irak. Il était présent sans l’être réellement. Alors un jour, il a pris la décision de repartir dans son pays d’origine.

Travailler dans l'urgence

Il fallait donc repenser la production du film. C’est grâce à un financement participatif et à un enthousiasme collectif que les images de cette rencontre ont finalement réussi à prendre forme. La jolie forme de l’art amateur, celui qui donne la parole aux personnes invisibles, qui fait connaître et ressentir différemment une réalité, la vraie, celle de la vie d’Ali et Aliette.

Ali et Aliette à La Villa

Le 26 février prochain à 20h, La Villa projettera ce documentaire à trois voix et six mains, en présence des réalisatrices et de Modou Ndiaye, porte-parole du Collectif de la Voix des Sans-Papiers de Bruxelles. La projection sera suivie d'une discussion et le montant récolté des entrées sera reversé dans son intégralité à La Coordination des Sans-Papiers de Belgique.